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Extraits du livre de Régina Louf (témoins X1)

Le 22/05/2012

Extraits de "Silence, on tue des enfants !" (2002)

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Pages 104-105

 

Poussée par la curiosité insatiable, j'observais soigneusement les mécanismes du réseau. Je voulais savoir qui étaient mes clients [...], pourquoi ils étaient intégrés dans le groupe [...] je voulais savoir à quoi je servais. Cela pouvait m'aider à survivre [...] Si je comprenais pourquoi ils avaient besoin de moi, je pourrais me rendre indispensable. Je commençai à considérer la vie dans la jungle (c'est ainsi que j'appelais le réseau) comme un gigantesque jeu d'échecs. Je savais que si j'étais bonne joueuse, je pourrais parer leurs coups. La plupart des victimes étaient mauvaises joueuses. Combien de fois n'ai-je pas vu des enfants se faire torturer à mort, parce qu'ils n'avaient pas compris à temps que l'un des bourreaux n'était pas content, combien de fois n'ai-je pas vu les plus faibles mourir parce qu'ils n'avaient pas pu regarder à temps leur bourreau dans les yeux... Bien que je n'aie jamais joué aux échecs, je savais que c'était un jeu où la clairvoyance est d'une importance capitale.

Même si je connaissais la plupart des clients par leur nom, leur visage était imprimé dans ma mémoire. Il est bon de connaître ses ennemis. Lorsque je les revoyais, je faisais comme si je ne les connaissais pas. Mais en une fraction de seconde je pouvais faire le lien entre leur visage et une situation vécue. Par conséquent, j'étais préparée. Ceux que je connaissais par leur nom étaient les plus dangereux. Ils me considéraient comme un témoin et j'étais donc un danger potentiel pour eux. Avec eux, il était très important de jouer un rôle d'enfant ignorant [...] Je les appelais "Meneer" [...] ou par leur surnom, comme "Pépère". Ils me demandaient régulièrement comment ils s'appelaient, mais chaque fois j'avais "oublié". Ils appréciaient cela, même si certains savaient que ce n'était qu'un jeu, parce qu'ils étaient certains que je les protégerais.

Ce sont eux qui décidaient de l'intensité de ma douleur et du moment où elle s'arrêterait. Ils avaient le droit de vie et de mort, le droit de punir et de pardonner. Par conséquent, je les vénérais [...] Ma vie dépendait complètement de leurs humeurs et je devais veiller à leur plaire dans les moindres détails. Je ne pouvais mieux m'adapter à eux qu'en les aimant sincèrement. Ma loyauté n'était pas feinte. Car ce dont j'étais certaine, c'est qu'ils seraient toujours là [...] Cela en faisait des dieux.

En même temps, je m'étais rendue compte que les victimes qui n'arrivaient pas à établir un lien avec le noyau dur des clients étaient rapidement éliminées. J'avais de la chance. En tournant depuis des années, j'avais acquis un visage pour eux, et j'en tirais bénéfice maintenant [...] Je savais ce qu'ils aimaient. Il était vraiment utile d'établir une alliance avec eux. C'est pourquoi je les embrassais toujours en entrant, même si je savais qu'ils allaient m'utiliser plus tard pour leurs jeux sado-maso. Je faisais chaque fois semblant d'avoir oublié ce qui s'était passé la dernière fois ou du moins comme si je leur avais pardonné. Je pensais que je méritais ces tortures, je pensais qu'ils avaient toujours et inconditionnellement raison. Car les dieux ne mentent jamais.
 
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Page 107

 

Je connaissais ma valeur exprimées en argent. Mais Tony me racontait parfois que cela ne constituait qu'une partie de ma véritable valeur. Celle-ci s'inscrivait dans les contrats. En m'utilisant, certaines figures centrales pouvaient conclure des contrats avec lesquels ils gagnaient beaucoup d'argent et d'autres avantages. Les personnes avec qui ces contrats étaient passés n'avaient souvent pas d'autres choix. Ils étaient piégés.

Mich, Tony ou un autre du noyau dur, emmenaient leur proie au restaurant. ils bavardaient, mangeaient, buvaient [...] Après le dessert et l'indispensable pousse-café, Tony avait soudain une "idée". Il connaissait une chouette fête où ils pourraient passer. La plupart des proies fonçaient dans le piège les yeux fermés. Tony ou Mich les conduisait toujours, de telle sorte que l'invité ne puisse pas s'en aller seul. Ils se rendaient dans une villa, où l'invité était présenté [...]. Après quelques verres, des jeunes filles de seize ou dis-sept ans arrivaient. La ou les proies étaient si entamées qu'elles ne voyaient aucune objection à prendre ces Lolita sur les genoux. Ces hommes étaient alors emmenés dans deschambres où nous, les filles de moins de seize ans, les attendions. Ils prenaient souvent peur - malgré l'alcool qui les abrutissaient - mais nous étions entraînées à leur faire franchir le pas. Nous étions d'ailleurs punies s'ils ne couchaient pas avec nous. Après l'acte, nous leur racontions qu'ils avaient été filmés. Ils le croyaient toujours. Les filles habituées comme moi savaient que c'était la plupart du temps du bluff, sauf pour les personnes réellement importantes

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Page 191

 

En 1994 [...] j'avais donné à Tania l'autorisation d'informer la gendarmerie de Gand au sujet des endroits où des enfants étaient encore abusés [...] Les gendarmes ne voulurent même pas dresser de procès verbal, tandis qu'ils lui déclaraient froidement qu'ils connaissaient ces lieux et ces personnes et qu'ils savaient qu'il s'y passait des choses. Mais, dirent-ils en haussant les épaules, ils ne voulaient pas s'attirer des ennuis avec cette affaire. Patsy Sörensen de l'association Payoke (association anversoise de défense des prostituées) avait connu la même expérience : personne ne voulait l'écouter. Le fait que Conerotte et Bourlet aient retrouvé ces deux filles en vie (Sabine et Laetitia) et qu'ils aient réussi à arrêter des gens était un miracle en soi. Ils étaient peut-être les deux seules personnes en Belgique qui savaient faire la différence entre coupables et victimes

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Page 294

 

La gendarmerie continue à pourchasser ceux qui se plaignent des dysfonctionnements dans mon enquête. De Baets, Bille (le gendarme qui dactylographiait les procès verbaux, avec qui je n'ai pas échangé deux mots) et quelques autres sont écartés de la BSR.

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Page 293

 

Marc Reisinger découvre dans un livre au titre prédestiné "L'enquête manipulée" (écrit par un journaliste d'Au nom de la Loi) que mes auditions ont été manipulées sur des points cruciaux. Nous comparons, phrase à phrase et cela me glace. C'est angoissant de constater que "quelqu'un" a modifié les phrases de telle sorte que l'on croie que De Baets m'a soufflé mes réponses. Reisinger révèle cela au cours de l'émission télévisée "Controverses". Il s'ensuit une perquisition, non chez le journaliste qui a publié le faux, mais chez Marc Reisinger, qui a eu le culot de les révéler

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SOURCE

 

 

Interview de Régina Louf par Annemie Bultée et Douglas De Coninck (1998)

Le 04/05/2012

Comment l'avons-nous approchée? Début novembre, nous lui avons écrit. Le matin suivant, le GSM sonne: "Bonjour, c'est X1". Une voix claire, "Je trouve cela fort que vous m'ayez trouvée". Nous, cherchant le ton qui convient: "Vous semblez gaie, mais vous ne l'êtes probablement pas". Eclat de rire: "Oh, l'image qu'ils préfèrent avoir d'une victime est celle d'un petit tas de misère qui disparaît dans un coin sans plus oser dire un mot. J'ai dépassé cette phase. Eh oui, je me soutiens grâce à l'humour. C'est permis? " Quelques jours plus tard a lieu la première des six rencontres. Ce sont des soirées qui se terminent au petit matin oú ses poses rieuses se transforment parfois de manière inattendue en vagues d'amertume, de colère ou de culpabilité. Après chaque conversation, elle nous glisse un paquet de notes: l'histoire de sa vie, en épisodes. "La nuit, de toutes manières, je ne ferme pas l'oil alors j'écris constamment" .

Au cours de la quatrième conversation, il semble qu'il y ait de l'eau dans le gaz au domicile de la famille X1. Son mari avait congé et il pensait lui faire plaisir en ramassant les crottes de la cages des chiens. Il a reçu la litière du chat à la tête. "De la litière usagée, précise-t-il". "Je ne peux rien y faire, dit-elle, si quelqu'un touche au programme de ma journée, je deviens furieuse. Il doit apprendre à ne pas toucher à ces crottes". Il rit et désigne les bras de sa femme. Elle rit aussi: "Et si rien ne change, alors je coupe". Des chiens donc. Nous sentons leur présence mais nous n'arriverons jamais à les compter. Les enfants oui, il y en a quatre. "Chaque enfant que l'on m'a pris je voulais le remplacer", dit-elle d'un air recueilli. Nous avions lu cela dans les dossiers mais c'est différent de l'entendre de sa bouche.

Sauf dans les médias, elle préfère être appelée Gini. En janvier 1969, elle voit le jour à Knokke. Elle n'a pas encore appris à parler quand sa grand-mère, chez qui elle passe la plus grande partie de son enfance, "l'initie " . Sous la tutelle de sa grand-mère, elle grandit comme une enfant prostituée. Elle est prêtée à ceux qui la désirent et louent une chambre dans l'un des hôtels oú sa grand-mère la place. Le groupe de clients reste relativement restreint, mais cela change lorsqu'à l'âge de dix ans elle quitte Knokke pour aller habiter chez sa mère à Gand. Elle découvre que sa mère, dans sa jeunesse, a vécu les mêmes choses qu'elle-même et s'est mise maintenant de l'autre côté de la barrière. Maman chérie à une relation avec T., un souteneur de Borgerhout. Gini l'a connu comme fournisseur d'enfants pour des orgies. Un jour sa mère lui laisse entendre qu'elle a été vendue à T.. Plus tard, elle apprend le montant de la vente: 120.000 francs. T. introduit Gini dans le circuit de Gand, Bruxelles et Anvers oú les choses prennent une tournure beaucoup plus violente qu'à Knokke.

Au cours de ses interrogatoires X1 évoque les snuff movies, des assassinats de bébés et même des parties de chasse au cours desquelles des enfants nus courent dans un parc et sont achevés à l'arbalète. Elle dit qu'elle a appris à comprendre ce qui pousse les clients à ces folles extrémités: une sorte de dépendance au pouvoir, au pouvoir de décider de la douleur, de la vie et de la mort. Elle parle d'hommes d'affaires, de politiciens connus et moins connus, de magistrats, de médecins et de pères de famille. X1 lie connaissance avec une série d'enfants qui, comme elle, tournent depuis des années dans le réseau. Jusqu'à ce qu'ils deviennent trop âgés et/ou que l'on considère qu'ils parlent trop. La plupart, dit X1 devaient être rentables jusqu'à leur dernière souffle.

Comment se fait-il que tu aies survécu?

Lui: "Hum, hum. "

X1 (riant) "Grâce à lui donc".

Lui: "Elle est assez têtue".

X1: "Depuis toute petite, j'ai développé un fort instinct de conservation. Mon père était un Indien du Canada qui avait atterri à Knokke et en était reparti. C'est peut-être dans mon sang. J'étais petite et dure et j'avais une grande résistance à la douleur. Mes blessures guérissaient rapidement. C'est la raison pour laquelle, au début des années 80, je valais beaucoup d'argent. Je suis arrivée naturellement dans la branche S.M.. Des scénarios ont été écrits pour des films oú je devais jouer.

" Toutes ces années j'ai pu survivre grâce à l'observation attentive des auteurs de ces actes, en m'imprégnant la tête de leurs codes internes. Pour donner un exemple, T. vient me chercher un soir et me dit: "On va chez Frans, tu sais qui est Frans? " "Oui", dis-je. Pendant une demi-heure il ne dit rien. Puis il s'arrête et me flanque une terrible raclée. Eh bien, je vous assure qu'après cela, vous ne direz plus jamais que vous savez qui est Frans. Vous ne connaissiez tout simplement plus Frans. Enfin, un jour de novembre 1984, T. me dit: 'Quand tu auras seize ans tu pourras venir habiter chez moi'. Il était inutile de me donner plus d'explications. Mon tour arrivait. De toute cette génération de fillettes de la période 1982-84, j'étais la seule survivante. J'étais une enfant prostituée, je ne manquerais à personne. Personne ne déposerait plainte - ma mère encore moins que les autres. Donc, je me mis à réfléchir: je dois trouver le plus rapidement possible un amoureux et l'aimer si intensément que je lui manquerai. Cela devait aller vite, je n'avais plus que trois mois. Je l'ai trouvé (elle rit). Regardez, il est encore ici". Lui: "Et je ne savais rien de tout ceci".

X1: "C'était un pari énorme. J'ai convaincu T. que mon ami était au courant de tout. Ils m'ont mise sous forte pression pour que j'arrête la relation. T. m'avait donné un petit cheval, Tasja. J'étais folle de lui. T. n'avait pas acheté ce petit cheval pour me faire plaisir, mais seulement pour augmenter son pouvoir sur moi. Si je me comportais bien, il ne serait pas abattu, disait-il. C'était un choix déchirant: Tasja ou lui. Mais je savais que, si je voulais survivre, je devais perdre Tasja. Et un jour l'écurie fut vide. "

Grâce à lui vous avez pu quitter le réseau?

X1: "Pas tout de suite. Nous nous sommes mariés rapidement et j'essayais d'être enceinte. Je réglais ma vie de manière à être le plus possible auprès de lui. Mais ça ne réussissait pas toujours. Il devait encore faire son service militaire. J'espérais qu'ils me laisseraient tranquille s'ils voyaient que je me construisais une autre vie sans les mettre en danger. Quelle erreur ! Un jour, j'étais seule à la maison avec le bébé qui avait quelques mois, ils étaient devant la porte, T. et Miche, Nihoul donc. Ils venaient me rappeler mon devoir de silence, et ce n'était possible que d'une seule manière: en me rendant complice. J'étais majeure et je devais les accompagner, tandis qu'un "chien de garde " resterait près de mon bébé. Il ne se passerait rien avec l'enfant, me dirent-ils, tant que j'obéirais. "Tu sais, la mort subite du nourrisson arrive bien plus souvent qu'on ne le pense. Et si cela t'arrive deux ou trois fois, ils vont commencer à poser des questions sur la mère". Je devins folle. Je ne pouvais pas perdre encore un enfant. Après, cela à encore duré des années. Ma mère les tenait au courant des absences de mon mari qui gagnait sa vie comme camionneur. Quand il rentrait à la maison, j'étais recroquevillée dans un coin, paralysée par l'angoisse".

Lui: "Je pensais qu'elle était dépressive à cause de ces choses du passé. Mais elle ne m'avait jamais raconté que les menaces continuaient".

X1: "T. s'est inscrit à la VUB comme étudiant libre en psychologie. Ca montre à quel point ils étaient préoccupés par leur système de sécurité. C'était un camp de concentration. J'ai connu des filles qui organisaient sans le savoir leur propre fête d'adieu. J'en ai entendu d'autres dire: "Moi ils ne m'auront pas, je fuirai. Mais, leur pouvoir était infini "..

Quand cela s'est-il définitivement arrêté?

X1: "En juin 1995 j'ai vu T. pour la dernière fois. Dans les mois qui ont suivi, j'ai eu peur qu'il revienne. Il ne téléphonait plus. Il est alors arrivé un moment oú, tout doucement, j'ai commencé à réaliser: c'était vraiment fini. Je suppose qu'il y a eu un changement de pouvoir au sein du réseau. Les souteneurs de l'époque avaient formé de nouveaux souteneurs et formateurs. Ces nouveaux individus, je ne pouvais pas les connaître. Exactement ce que je pouvais désirer ! J'étais convaincue d'une chose: j'allais enfin commencer à vivre et je ne parlerais jamais, jamais ! "

Tu l'as fait finalement.

X1: "Oui, sur les conseils de mon amie, Tania. Je pourrais l'étrangler (elle rit). Elle connaissait mon histoire dans les grandes lignes, mais je ne lui avais jamais cité de nom - je ne l'ai jamais fait jusqu'à la fin de 1996. Ce devait être le 17 août. Nous regardions la télévision ensemble. Il est apparu: Miche, sur les marches du palais de justice, hué par une bande de jeunes loups. Je me recroquevillai. Tania remarqua qu'il se passait quelque chose. 'Tu le connais?' Je fis signe que oui. Tu sais, je ne connaissais même pas son nom de famille. Je me souviens d'avoir pensé dans mon for intérieur: Nihoul, c'est vraiment un nom pour lui.

" J'ai été bouleversée par l'attention permanente sur l'affaire Dutroux. Je n'ai jamais cru en Dieu mais quand j'ai vu les images de la libération de Sabine et de Laetitia, je me suis engouffrée dans la salle de bains. Sans vraiment en avoir conscience je me suis agenouillée devant le miroir et j'ai commencé à prier: ' Merci mon Dieu, merci ! Enfin ! Enfin ils ont pu en libérer deux ! 'Les policiers qui ont fait entrer Sabine et Laetitia dans une voiture, c'étaient les chevaliers blancs dont j'avais rêvé pendant toutes ces années. Pour moi, ils ne sont jamais venus. Chaque fois que T., ivre mort, roulait vers la maison j'espérais qu'il y ait un contrôle anti-alcool. J'entends actuellement parler régulièrement de ces actions, mais elles n'existaient pas à l'époque".

" Toute la nuit, Tania et moi, nous avons parlé. Elle trouvait que je devais aller à Neufchâteau. Je disais qu'elle était folle. Personne ne me croirait. D'autre part, je me sentais aussi coupable que Miche. Je me voyais déjà avec un gilet pare-balles sur les escaliers de Neufchâteau. Tania insistait. A la fin, nous avons atteint un compromis. Elle téléphonerait à Connerotte et dirait qu'elle connaissait quelqu'un qui savait beaucoup de choses sur Nihoul. Elle raconterait tout. Mais seulement sur Nihoul. Moi je ne voulais rien avoir à faire avec cela. Le 4 septembre elle téléphona à Connerotte. Celui-ci lui envoya l'adjudant de gendarmerie Patrick De Baets chez elle. Il ne croyait rien de ce qu'elle lui racontait. Tania essaya de le convaincre et lui donna un exemplaire du livre que j'avais écrit en 1993".

Tu as écrit un livre?

X1: "Oui, j'ai présenté mon manuscrit chez Acco à Louvain en 1993. Ils l'ont refusé - c'est compréhensible. Donc ce soir-là Tania me téléphona. Prudemment elle me dit qu'elle avait raconté un tout petit peu plus de choses que convenu. 'Ce type de la BSR est encore ici ' dit-elle. ' Il voudrait te parler. Une chose encore, je lui ai donné ton manuscrit'. J'étais furieuse. 'Conne, tu ne te souviens pas que j'ai signé ton exemplaire?' J'ai eu ce De Baets un instant au téléphone et, sans vraiment y réfléchir, j'ai accepté un rendez-vous. Après ça, j'ai commencé à ruminer. Dans quoi m'étais-je lancée? Je paniquais et j'ai annulé par téléphone. Je ne témoignerais pas, no way. Mais cela continuait à me ronger. Je réalisai que la BSR avait mon nom et qu'évidemment, ils chercheraient plus avant. Et s'ils tenaient Nihoul, ils atterriraient tôt ou tard chez moi. Donc je téléphonai quand même. "

Comment les enquêteurs réagirent-ils? T'ont-ils crue?

X1: "Je me souviens qu'au cours de ce premier interrogatoire un membre de la BSR s'enfuit dans le couloir, je l'entendais hurler: 'Les salopards, nom de Dieu !' Bof, il reviendra bien disaient ses collègues. Je m'étais pourtant exprimée de manière vague, cette première fois. J'avais seulement expliqué dans les grandes lignes comment un tel réseau était structuré. Après, cela devint plus difficile. Ils voulaient des faits concrets, des noms, des lieux. C'était angoissant. Toute ma vie j'avais appris à me taire. Chaque fois que tu fais quelque chose qui ne plaît pas aux bourreaux, tu es punie. Pas tout de suite, parfois cela prend des jours ou des semaines. Mais la punition tombe. Souvent ce n'est pas toi qui es punie, mais une amie ou un animal que tu aimes. Je vivais avec des freins internes. Chaque fois que pendant un interrogatoire je citais des noms, les jours suivants étaient très pénibles".

" En fait, j'ai raconté beaucoup plus de choses que je ne le souhaitais. C'est dû en partie à l'obstination de De Baets et de la première équipe d'enquêteurs. Pour la première fois dans ma vie, j'avais l'impression que mon histoire était prise au sérieux. Attention, parfois ils me traitaient durement. Quand ils me questionnaient au sujet de certains noms, je voulais toujours savoir pourquoi. Je donnais en général des réponses très courtes. C'est la raison pour laquelle ils devaient poser beaucoup de questions. Ceci est actuellement interprété comme de la 'suggestion', mais il n'en était rien. Je voulais absolument savoir oú ils voulaient en venir, en partie par anxiété. Je n'étais pas prête à mettre n'importe qui en difficulté. Je connais des centaines de gens qui à l'occasion de l'une ou l'autre fête, ont été saoulés et conduits dans une chambre oú une fille de seize ans les attendait. Je ne voulais pas détruire la vie de ces gens là. D'autre part, il y a des sujets que je voulais éviter parce que je savais bien que ce que je raconterais semblerait tout à fait incroyable.

" Je n'étais pas commode, je le sais. Mais quand je lis l'un ou l'autre journal maintenant, je comprends qu'il est impossible, suivant les procédures utilisées en Belgique, d'interroger une victime d'abus sexuel. Ils ne savent pas faire ça convenablement. La première équipe de la BSR a au moins essayé. Ils ont sorti les premiers témoignages concrets et ont pensé qu'ils en tireraient rapidement des résultats. C'est ce qu'ils pensaient. "

Tu veux parler du meurtre de Christine Van Hees dans l'ancienne champignonnière d'Auder- ghem?

X1: "Exactement. Ils organisaient des fêtes au cours desquelles nous devions inviter des amies. Elles étaient testées. Ils faisaient des petits jeux, observaient comment les filles réagissaient, allaient un peu plus loin et sortaient facilement les victimes du lot. Ce qu'ils préféraient, c'étaient les enfants qui avaient des problèmes avec leurs parents. De telle manière, leur disparition serait interprétée d'office comme une fugue. Ces filles aboutissaient dans le noyau dur. C'est comme ça que cela s'est passé pour Christine. Elle était une fille de Nihoul. Il était capable de faire ça: emmener une enfant comme ça dans un bar ou l'autre et l'écouter parler de ses problèmes pendant des heures, avec sérieux et compréhension. Il lui faisait des petits cadeaux et créait un monde secret pour tous deux."

D'après toi, Marc Dutroux comme Michel Nihoul sont impliqués dans ce meurtre. Se connaissaient-ils déjà si bien en 1984?

X1: "Je ne les considérais certainement pas comme un duo établi. Je les voyais occasionnellement ensemble. Miche se situait clairement quelques échelons plus haut. J'ai été étonnée quand j'ai vu ce qu'était devenu Dutroux. Ce type calme, petit personnage secondaire, je ne l'avais jamais vu comme une menace de mort. A cette époque, c'était seulement un morveux qui pouvait participer de temps en temps. J'essaie de comprendre ce qui a pu se passer pour lui. Peut-être a-t-il pensé: je vais me lancer à mon propre compte.

" Miche, c'était un type brutal, que rien n'arrêtait et vis-à-vis duquel je ressens encore beaucoup d'angoisse. Je dois dire que j'ai été étonnée lorsque j'ai entendu qu'il serait impliqué dans le kidnapping de Laetitia. Ce n'était pas son style. Ce n'est pas un type qui se salit volontiers les mains. D'autre part, j'ai été encore beaucoup plus surprise d'apprendre que son alibi consistait à dire qu'il était en train de retaper un flat avec Michel Vanderelst. (elle fait la moue) Un flat ! Nihoul et Vanderelst qui s'activent avec des brosses à tapisser, des pinceaux et des marteaux. Allons allons ! Je n'ai vu cet homme enfoncer un clou,qu'une fois mais ce n'était pas dans un mur (elle éclate de rire). Désolée, ce n'est pas drôle. "

Dans ton récit sur Christine Van Hees, il y a des éléments curieux. Après d'autres meurtres, les corps avaient été professionnellement dissimulés. Ici l'attention a été immédiatement attirée par un feu.

X1: "Je vais vous raconter une chose que je n'avais pas encore dite aux enquêteurs. Pour vous donner une idée du sentiment d'impunité qui les animait. Ils avaient fait un pari. Ils ont parié pour savoir qui ils allaient faire trinquer pour ce meurtre. Ils savaient que des punks traînaient dans ces ruines et ils savaient à peu près qui ils feraient arrêter. C'était un sport. Pour eux, il était devenu tellement simple de faire disparaître un corps qu'ils voulaient, pour une fois, faire quelque chose de plus spectaculaire. C'est comme ça qu'ils fonctionnaient. Toujours plus de tension, plus d'adrénaline. Dépasser les limites".

Comment sais-tu des choses comme ça? Ils ne vont tout de même pas raconter ça à une victime?

X1: "Mon instinct de survie. Quand tu tournes là-dedans aussi longtemps, tu te comportes comme un petit chien qui court derrière son maître, même s'il te frappe. Qu'aurais-je pû faire d'autre? A tout bout de champ je voyais disparaître des amies. A elles, je ne pouvais pas m'attacher car je pouvais les perdre d'un jour à l'autre. Les seules valeurs stables étaient mes bourreaux. Je me suis donc tournée vers eux. Ils étaient mes dieux. Ils décidaient de ma douleur, de ma vie et de ma mort. Je pouvais survivre uniquement si je me rangeais à leurs côtés. C'est donc ce que j'ai fait. Pendant leurs conversations, ils m'oubliaient. J'étais un chien d'appartement, j'étais devenue transparente. Je faisais comme si je ne comprenais pas le français. Je ne parle que difficilement la langue, mais je ne la comprends que trop bien. Donc j'ai appris beaucoup. J'apprenais à survivre. Parfois ce n'était que du langage non-verbal, comme au cours des parties de chasse. Les enfants étaient sur un rang et devaient choisir eux-mêmes un chasseur. J'adoptais toujours une attitude du genre: 'Je suis l'une d'entre vous.' Je me mettais aussi toujours du côté des rieurs. Les rieurs, c'étaient ceux qui étaient les plus nerveux. Ils le faisaient pour la première fois et ils avaient bu. Alors ils tiraient à côté".

Te sens-tu coupable

X1 (froide): "Qu'est-ce-que tu penses? Essaye de te mettre à ma place. Imagine que tu doives choisir entre tes deux meilleures amies. Attention: vraiment choisir. C'est l'une qui meurt ou c'est l'autre. J'ai dû faire cela plusieurs fois. Voilà pourquoi je ne dors jamais plus de deux heures par nuit. Je peux bien adopter la pose de 'j'étais la plus maligne', mais dans ma vie je ne fais plus rien d'autre que choisir. Tous ces gens que je connaissais passent en revue la nuit. Dis Gini, celle-ci ou celle-là?

" Evidemment je me sens coupable, Clo, Christine, les autres filles sont restées derrière moi. Elles auraient pu faire bien plus de leur vie que moi. Pourquoi moi? Prends Christine. J'avoue qu'au début, comme les autres filles expérimentées, je l'avais en grippe. Je m'inquiétais de son comportement na‹f et amoureux. Elle et son Miche. Comment pouvait-elle être aussi stupide? Je pensais: attends ma fille, que tu apprennes vraiment à le connaître. La deuxième fois que je l'ai vue, elle était déjà moins enthousiaste. Je fus désignée pour la former. Ceci impliquait qu'il fallait payer quand la nouvelle n'était pas assez 'libérée'. Christine m'a occasionné beaucoup de soucis. Les victimes n'étaient pas solidaires. Il y avait beaucoup de jalousie.

" Un soir j'ai eu pitié d'elle. Je la voyais assise dans un coin de la salle de bains. Cela avait à nouveau été dur pour elle et elle pleurait. Nous nous sommes mises à parler. Nos souteneurs étaient occupés à faire la bringue et ne nous portaient pas d'attention. Elle disait qu'elle n'en pouvait plus, qu'elle allait se suicider. J'essayais de lui donner du courage. N'avait-elle personne à qui elle puisse faire confiance? Pour raconter qu'elle était tombée amoureuse d'un homme plus âgé qui lui demandait des choses qu'elle ne pouvait pas assumer et qu'elle avait peur? Elle avait un journal intime me dit-elle, qu'elle avait dissimulé dans une cachette. Dans ce journal intime il n'y avait pas grand-chose: seulement qu'elle connaissait un homme plus âgé, que ça dérapait, tout très vague. 'Tes parents t'aiment-ils?' demandais-je. Oui, acquiesça-t-elle. 'Alors parle leur de tout ça,' lui dis-je. Elle me promit de le faire. Quelques jours plus tard, j'étais avec Mieke, qui tournait aussi depuis longtemps. Elle était fâchée sur Christine parce qu'elle avait été punie à cause d'elle. Je lui soufflai alors que ça ne durerait plus longtemps. Je lui racontai la conversation avec Christine. Mieke a paniqué. Elle a tout raconté à Miche. A partir de ce moment, il était décidé que Christine mourrait et d'une manière dont nous nous souviendrions longtemps. A cause d'une remarque idiote de ma part, cette fille à souffert et est morte en martyre. Dieu, dans quel monde nous vivions? Nous étions des teenagers idiotes. J'entends encore Mieke dire que Christine était devenue dangereuse et qu'elle même ne se sentait pas très disposée à finir à l'hôpital. Oh Mieke quelques mois plus tard, elle fut elle-même exécutée. "

Certains enquêteurs disent que tu as ramassé ces informations dans de vieux journaux et que tu les a complétées au hasard.

X1: "Je commence à savoir ce qu'on me reproche. Naturellement j'ai fait des erreurs. Nom d'une pipe, je ne pouvais plus faire la différence entre le jour et la nuit ! Ce même week-end, ils ont assassiné mon petit enfant Tiu. C'était une orgie sanglante. A la fin ils m'ont ramenée à la maison - même pas jusqu'à la porte, mais jusqu'à une bretelle d'autoroute. J'ai avancé toute seule en chancelant. Des semaines durant, je n'ai plus prononcé un mot. Je ne voulais qu'une chose: être avec Tiu, mourir. Maintenant on attend de moi que je décrive calmement cette soirée comme si je parlais de ce que j'ai mangé hier. Eh bien je n'en suis pas capable. Sorry. J'ai des difficultés avec la chronologie, je le sais. Je mélange les faits ou les colle les uns aux autres. Mais ce que je raconte qu'ils ont fait à Christine a été contrôlé et semble correspondre. Ma relation des faits est même plus précise que l'ancien dossier judiciaire: le clou, le tampax, le câble électrique, cette maison, les auteurs. Ce n'est, semble-t-il, pas assez. Eh bien c'est dommage. Je ne peux pas faire mieux. Je ne savais pas que cette affaire avait fait tant de bruit à Bruxelles, dans le temps. Je n'avais jamais entendu parler d'une champignonnière. Je me souvenais seulement de ces grandes caisses de bois. Ce fût un choc de voir ces images à la télévision tout à coup. Tout revenait (long silence) ".

Lui: "C'est comme disait Gino Russo il n'y a pas longtemps: même si un dixième de tout ceci est vrai, c'est encore horrible". X1 (se fâchant): "Nom d'une pipe, c'est ce qu'ils disent tous ! Comme si seulement un dixième de ce que je raconte était vrai ! "

A un moment donné, tu as envoyé un fax à la BSR, dans lequel tu parles de septante meurtres d'enfants.

X1: "C'est la vérité. Je voudrais continuer à témoigner. Maintenant que j'ai franchi la ligne, il vaut mieux que je continue. Je suis persuadée que l'on peut constituer d'autres dossiers que celui de Christine Van Hees et de Carine Dellaert. Je sais ce qui s'est passé avec un autre enfants qui a disparu depuis plus de cinq ans. Seulement: si plus personne ne s'y intéresse, je ne peux rien y faire. La seule chose que je voulais atteindre avec mon témoignage, c'est la reconnaissance que les réseaux existent. Je vois que j'ai obtenu exactement le contraire. Une émission télévisée (" Au Nom de la Loi", NDLR) a suffi pour que l'ensemble des médias et des hommes politiques crient en chour que tout cela n'est pas aussi grave qu'on le craignait. Et la population avale ça. Personne ne réagit. Les réseaux n'existent donc pas? Ah, quel soulagement.

" Pour moi-même, je ne trouve pas que ce soit si grave. Je n'ai pas besoin de me venger de mes bourreaux, au contraire. Cela semble étrange, mais en les dénonçant, j'ai renoncé à une part de ma famille. Je ne voulais pas prononcer de noms au début, parce que l'idée qu'ils aillent en prison m'est encore pénible. Mais pour les petites victimes d'aujourd'hui la situation devient sans issue. Quand j'ai pu quitter définitivement le réseau, j'ai vu là des enfants de quatre et cinq ans. Oú sont-ils maintenant? C'est pour eux que je l'ai fait. S'il s'avère que les réseaux résistent à l'affaire Dutroux, c'est fichu définitivement. Les bourreaux seront plus en sécurité qu'ils n'ont jamais pu l'espérer. Et les victimes recevront le message que dans le futur il vaut mieux qu'elles se taisent. "

Qu'as-tu pensé quand tu as vu le pays rempli d'affiches de Julie et Mélissa, An et Eefje?

X1: "Pour moi il n'y avait pas le moindre doute qu'elles avaient atterri dans un réseau. Je pensais: c'est sûrement le dernier cri: plus de plaisir encore avec un enfant kidnappé. Ce que j'ai regardé avec stupeur, ce sont ces parents. Je pensais: qu'est-ce-c'est que ce couple de bricoleurs têtus? Ce Paul Marchal, ce Gino Russo. Un moment je me suis demandée s'ils ne faisaient pas semblant. Mais non, c'était vrai. Ils recherchaient vraiment leurs enfants. Cela me paraissait si irréel. J'avais, d'une certaine manière, grandi avec l'idée que les parents normaux mettent leurs enfants en vente. "

Collabores-tu encore à l'enquête judiciaire?

X1: "Je veux bien, mais y a-t-il encore une enquête? Et si oui, contre qui? Après que l'équipe de De Baets ait été renvoyée, est venu le premier contact avec les nouveaux enquêteurs. L'un d'entre eux m'a clairement signifié que je n'étais plus désormais entendue en tant que victime ou en tant que témoin. Etais-je soudain devenue un auteur ou quelque chose comme ça? Alors il m'a répondu qu'il ne voulait pas répondre à cette question et qu'il ne pouvait pas croire que je n'ai jamais éprouvé de 'plaisir'. J'ai dû avaler ma salive. Je suis habituée à beaucoup de préjugés, mais ceci. Ils parlaient aussi obstinément de mes 'amants', tandis que je vivais dans l'illusion qu'ils recherchaient mes violeurs.

"Une enquête sérieuse? Je crains qu'il ne puisse plus être question de perquisitions par surprise. (Moqueuse) Pensez-vous qu'il reste des cassettes chez T.? Pendant six mois il ne s'est rien passé. Ils renvoient leurs meilleurs hommes. Ils laissent traîner leurs dossiers sur la banquette arrière de leurs voitures oú, par hasard - hahaha - on les vole. Ceci fut pour moi le moment oú j'ai commencé à penser à nouveau à contacter des journalistes. Oú sont ces dossiers maintenant? Toutes mes déclarations semblent y être, avec les noms des auteurs. Est-ce-que mon nom est dedans? Si je pose cette question à mes enquêteurs actuels, ils sont gênés. Appelons un chat un chat: on ne veut absolument pas que tous ces meurtres d'enfants des années quatre-vingt soient élucidés.

" Je lis et j'entends ces derniers temps, tant de non-sens à mon propos. 'X1 est une mythomane. Elle a l'air beaucoup trop bien pour quelqu'un qui aurait vécu toutes ces choses horribles.' Vous connaissez la dernière? J'ai à un moment travaillé comme volontaire à un projet de l'asbl "Tegen Haar Wil", une organisation qui défend les femmes victime de viols. A un moment nous avons créé - avec le soutien de Miet Smet - un kit d'aides et une brochure pour assister les services de police dans leur relation avec les victimes de violences sexuelles. Quand ils ont appris ça à la BSR, ils ont sauté en l'air. Elle à l'expérience du jeu des victimes ! On l'a démasquée ! Voilà le climat actuel. Oh oui, et ceci encore: je connaîtrais très bien X4 et nous aurions accordé nos versions. "

Nous avons reçu hier un appel téléphonique de X4. Elle voulait savoir si elle pouvait entrer en contact avec vous.

X1: "C'est inimaginable ! Ils veulent m'attraper sur le moindre détail. Ils affirment que la fille que j'appelle dans mes premières déclarations 'Clo' ne peut pas être Carine Dellaert parce que je ne connaissais pas son vrai nom. Mais c'est comme ça que ça se passait: chaque fille avait un diminutif. J'étais Reggi, elle était Clo. Personne ne connaissait le vrai nom des autres. Nous ne le demandions pas non plus. Moins on en savait, mieux ça valait. Une question m'a complètement désarçonnée: quelle était la couleur des yeux de Clo? Je ne le savais plus. Je trouve cela grave de ne plus m'en souvenir. Mais essaye un peu avec ton propre grand-père décédé il y a dix ans. Difficile tu sais. Alors leur question la plus bête: Clo jouait-elle d'un instrument de musique? Comme si on n'avait rien de mieux à faire que de parler d'instruments de musique. Quand on avait le temps de parler, on échangeait des informations. Comment il fallait approcher tel ou tel client, ce qu'il ne fallait surtout pas faire avec celui-ci et comment tu pouvais éviter d'être punie. Oui, avec Clo il existait une solidarité. C'est pour ça que sa mort m'a fait tant de peine. "

Nous parlons depuis longtemps et le mot satanisme n'est toujours pas tombé.

X1: "Enfin un sujet amusant. (Elle prend l'attitude d'une institutrice). Satanisme donc. Mets-toi à la place des bourreaux. Quand ils accueillaient de nouvelles victimes dans leur milieu, il était de la plus grande importance que celles-ci ne parlent à personne de ce qui leur est arrivé. C'est pourquoi ils organisaient des 'cérémonies'. Ils amenaient la victime dans une villa fortement gardée et la convainquaient que ceci serait 'sa' fête. Suivait une grande représentation avec masques, bougies, croix renversées, glaives et animaux. On éventrait des lapins, le sang était versé sur les filles nues et des hommes et des femmes vénéraient le diable. Nous, les filles expérimentées on était pliées en deux de rire quand on les voyait occupés avec leurs masques de carnaval. 'Ils ont de nouveau enfilé leurs costumes de vampire' nous disions-nous entre nous. Je ne pense pas que les bourreaux en retiraient beaucoup de plaisir. Ils préféraient être tout nus que se trimbaler en costumes de latex. Ces rituels n'avaient pour but que de désorienter totalement les victimes. Ils harcelaient alors ces enfants avec un tas d'idioties - 'Maintenant tu es la femme de Satan'- et leur donnaient en plus de la coke, du LSD ou de l'héro‹ne. Je peux vous assurer qu'ensuite vous vous sentiez entièrement hors de la réalité. C'était le but, que la victime elle-même commence à douter du fait que tout cela soit réellement arrivé. Résultat? Une telle victime n'osait parler à personne."

Ton souteneur était-il pédophile?

X1: "Il était aussi peu pédophile que moi extra-lucide. Je trouve l'expression 'réseau de pédophilie', trompeuse. Les pédosexuels sont pour moi ces hommes qui vont dans les plaines de jeux ou les piscines, des curés. Après l'affaire Dutroux c'est devenu la nouvelle mode: faire des perquisitions à l'évêché. Je ne veux certainement pas les blanchir mais je préfère les pédophiles aux types auxquels nous avions à faire. C'étaient des hommes qui ne touchaient jamais les enfants. Que tu aies cinq, dix ou quinze ans, ce n'était pas important. Ce qui leur importait c'était le sexe, le pouvoir, l'expérience. Faire des choses qu'ils n'auraient jamais essayées avec leur propre femme. Il y avait de véritables sadiques parmi eux. Ou des types avec lesquels tu devais coucher et oú tout semblait bien se passer. Quand c'était terminé, le type s'asseyait sur le bord du lit et buvait son cognac. Puis il éclatait et te frappait à mort. Tu avais aussi des homosexuels qui coupaient d'abord une fille pendant des heures, ce qui les excitait beaucoup, puis qui prenaient un garçon.

" Ne me comprends pas mal. J'ai participé à beaucoup d'orgies meurtrières, mais plus souvent encore à des orgies qui n'avaient d'autre but que le chantage. Le 'noyau dur' c'était une quarantaine de personnes au plus. Les victimes des chantages, il y en a quelques centaines, peut-être des milliers. Ce que je trouve le plus grave, c'est que ces types restent silencieux. Qu'est-ce qu'ils ont fait de mal? Ils ont couché quelques fois avec une fille de quinze ou seize ans - parfois même pas consciemment - et ils savent qu'il existe des photos. Pourquoi ne parlent-ils pas? Pourquoi n'aident-ils pas ?

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Pourquoi faut-il prendre au sérieux le témoignage de Régina Louf ?

Le 04/05/2012

Certaines idées se répandent comme de la glu, telle cette distinction entre "croyants" et "non-croyants"; traduisez ceux qui croient aux protections et ceux qui ne croient pas. Cette division donne le beau rôle à ceux qui ne croient pas aux protections. Ceux qui y croient apparaissent comme des êtres irrationnels, emportés par leurs émotions et leurs fantasmes. Grâce à cette dichotomie, on transforme la question des réseaux de pédophilie en problème de croyance et presque de religion. On circonscrit ainsi une nouvelle secte: ceux qui croient aux réseaux et aux protections.

Quel est le véritable clivage observé dans l'opinion? D'un côté, on voit des gens bouleversés par les assassinats de Julie et Mélissa, Ann et Eefje, les enlèvements de Sabine et Laetitia, etc. De l'autre côté on trouve des gens dont le leitmotiv est: "faites confiance à la justice". On voit que la vraie distinction concerne ceux qui veulent la vérité et ceux qui veulent laisser faire la justice.

Les réactions au témoignage de Regina illustrent cette distinction. Regina rapporte des faits détaillés, nombreux et gravissimes. Depuis plus de six mois son témoignage ne donne plus lieu à aucun devoir d'enquête, mais à une "relecture"qui s'éternise et qui consiste à traquer les erreurs éventuelles des anciens enquêteurs. Parallèlement, se développe une campagne - entretenue par les nouveaux enquêteurs - qui vise à mettre en doute la crédibilité de Regina. Ceux qui font confiance à la justice ne semblent pas s'inquiéter de cet état de choses.

Pourtant, un esprit raisonnable doit se poser quelques questions. Tout d'abord, il faut se demander si le degré d'horreur atteint par Regina n'amène pas à souhiter inconsciemment qu'il ne soit pas vrai. Que l'on songe au récit de l'accouchement et de la mort de Carine Dellaert. L'émotion engendrée par de telles monstruosités nous amène à les repousser, à les refouler. Or, il faut prendre conscience du fait que si ces émotions sont désagréables pour nous, elles sont sans commune mesure avec les souffrances des victimes elles-mêmes. Nous sommes donc moralement obligés de vérifier ces récits. D'autre part, il faut se demander si le ralentissement des enquêtes est dû à des erreurs commises par les premiers enquêteurs et au manque de crédibilité de Regina oú s'il résulte d'une volonté de freinage due à l'importance des personnalités mises en cause.

La seule manière de résoudre ces questions est d'analyser les informations dont nous disposons (et que nous avons tenté de rassembler dans ce "Dossier X1"): il s'agit de les décomposer et de les rassembler dans un ensemble qui permette de les expliquer. C'est comme un puzzle dont il faut mettre les pièces en place et non se contenter de les regarder avec étonnement ("Puzzle" en anglais signifie embarasser, intriguer). Il est nécessaire aussi de mettre ensemble toutes les pièces c'est-à-dire tous les faits connus - et de ne pas rejeter ceux qui ne cadrent pas avec nos vues préalables..

Pour ne citer que deux exemples, parmi des dizaines de faits concrets, comment expliquer que Regina évoque le nom de Nihoul dans l'assassinat de Christine Van Hees et que le Dolo et la radio libre de Nihoul apparaissent dans le dossier d'enquête mené en 1984? Comment expliquer que Regina soit la seule personne qui ait jamais parlé de la grossese de Carine Dellaert, grossesse démontrée par le rapport du médecin légiste? La précision de ces éléments oblige à penser que Regina était présente sur les lieux de ces assassinats et que son témoignage sur les réseaux pédophiles et sadiques est authentique. Comment expliquer sinon que Regina connaisse les détails de dossiers criminels anciens situés dans différents arrondissements judiciaires et dans des langues différentes.

Si Regina n'a pas assisté aux scènes qu'elle décrit, elle a dû être informée du contenu des dossiers judiciaires: quand? par qui? dans quel but? Une telle supposition amène à croire à des réseaux encore oplus sophistiqués que ceux auxquels les "non-croyants" refusent de croire.

SOURCE

 

Témoignage troublant de Nathalie W.

Le 06/06/2012

Par donde vamos   -   Fichier PDF du rapport

Revenons sur l'affaire Dutroux, dont certains demandent la réouverture en raison des innombrables pistes jamais poursuivies. Parmi ces pistes, les vérifications des témoignages des fameux témoins X, qui avaient à peine commencé quand on a décidé que lesdits témoins étaient fous et disaient n'importe quoi.

Régina Louf, X1, a témoigné à 17 reprises devant les gendarmes, qui ont pu vérifier un grand nombre de ses propos. Un autre de ces témoins, qui n'a pas été joint aux témoins X, a permis de recouper largement ce que disait Régina Louf.

Voici les conclusions de l'enquête de police la concernant (mais je rappelle que l'enquête n'a jamais vraiment pu démarrer):

Nathalie W. n’a finalement pas été jointe aux témoins X, mais elle dénonce le même type de faits. Elle arrive au commissariat en 1996 accompagnée de sa psychologue, mais le flic refuse de prendre sa plainte contre son père (et d’autres), qui a commencé à la violer quand elle avait six ans (en 1971), et qui s’est mis à la « prêter » à des amis au cours de soirées chez lui ou dans des villas. Trop farfelu, d’après le fonctionnaire.

Plus tard, elle se rend à la gendarmerie de Bruxelles, et là on l’écoute. A ses 10 ans, son père la confie à un certain Vincent, âgé d’une quarantaine d’années, et que celui-ci l’emmenait dans des partouzes un peu partout. Elle dit avoir avorté trois fois.

Elle aussi raconte difficilement les faits, d’autant plus qu’elle affirme aux policiers avoir été suivie à deux reprises par ce Vincent après être venue à la gendarmerie : il lui aurait dit être au courant de sa plainte, et a gravé un V avec un couteau sur son avant bras gauche (photos à l’appui) en ajoutant « tu es à moi » (au moment où elle vient déposer, Nathalie est toujours plus ou moins sous la coupe de cette bande, et dit subir environ deux viols par semaine, de la part d’un certain Gérard), une autre fois une véhicule a tenté de pousser le sien en dehors de l’autoroute, puis une autre encore, elle est agressée sur une aire de stationnement.

Son agresseur ressemble beaucoup au portrait robot de l’agresseur de Marie France Botte, qui essaie de lui venir en aide avec son association. C’est Jean Louis Delamotte, associéde Nihoul dans l’entreprise Asco dont on va reparler avec l’affaire Van Hees.

 

Nathalie signale que depuis qu’elle est venue porter plainte, il y a « de plus en plus de sévices » et de « représailles » à son encontre, du harcèlement téléphonique la nuit et même des menaces de mort. La psychologue aussi a reçu une lettre de menace, donnée à la police.

Elle cite surtout des prénoms, les membres du Rotary Club de Waterloo qu’elle reconnaissait à l’écusson à l’arrière de leurs voitures, le café chez Dolores (futur Dolo) où il y avait d’autres enfants, les Atrébates, Michel, le patron du Dolo et un autre Michel (Nihoul, qui l’a violée à trois reprises quand elle était mineure), la mère du témoin X4, le Antony de Regina, en relation avec Nihoul, l’ex premier ministre Van Den Boeynants, Léon Defosset et Serge Kubla, deux bourgmestres.

Elle a aussi reconnu un certain Anthony, en fait le Tony de Regina. Mais, Regina l’a aussi reconnue comme étant une victime présente aux Atrébates, de même que X4. Enfin, Regina a reconnu le père de Nathalie comme un agresseur.

L’enquête a aussi montré que le père de Nathalie était au Rotary Club de Waterloo, de même que d’autres types qu’elle a cités. Elle désigne un immeuble d’Etterbeek à Bruxelles comme étant un lieu où elle a été abusée, et la police du coin l’avait déjà repéré pour des faits de mœurs (d’après la victime, des policiers d’Etterbeek s’y rendaient aussi).

En passant devant le bâtiment, Nathalie a fait un malaise, mais n’a pas pus’expliquer. Lors de l’enquête menée en 1996, le policier interroge la psychiatre de Nathalie, qui raconte que des pièces ont disparu à plusieurs reprises de son dossier médical, et que certaines ont été envoyées à Nathalie, après sa deuxième et sa troisième hospitalisations à l’hôpital Erasme à Bruxelles. Son père lui a même menacé la psychiatre via la psychologue qui l’avait eu en ligne, et a dit à Nathalie qu’il savait tout ce qui se passe à Erasme.

La psychiatre soupçonnait la psychologue, qui avait accès au dossier de Nathalie, de l’avoir subtilisé et d’avoir envoyé des morceaux afin de la déstabiliser et de lui faire perdre confiance (Le 21 novembre 1996, quelqu’un signale que le directeur de la psychiatrie à l’hôpital Erasme serait un ami intime du père de Nathalie, et qu’en outre il aurait aussi des relations intimes avec la psychologue de Nathalie. Nathalie n’a jamais croisé le directeur en question, mais sur photo elle le reconnait comme étant une personne qu’elle a vue ‘en privé’).

En novembre 1996, Nathalie parle de « messes noires », de mineurs marqués au fer rouge, de sacrifices humains, de viande humaine préparée donnée à manger aux enfants, en présence notamment d’Alexandre de Mérode.

Elle a énormément de difficultés à voir revenir certains souvenirs, et sur un PV les policiers notent qu’elle se tape la tête sur les murs en criant « non pas le couteau… Je ne veux pas faire ça », en repensant à une de ces soirées.

A un moment, Nathalie évoque une scène de viol et de torture dans une maison de l’avenue Churchill, à Bruxelles, et elle précise que « des choses plus graves s’y sont passées », mais qu’elle est « incapable d’en parler à ce stade ».

Mise sous hypnose, ses réactions confirment  pourtant qu’elle a assisté à ce type de séance, et elle décrit un sacrifice.

En février 1997, elle fait des « aveux ». Les policiers écrivent : « Vincent est en réalité Alexandre de Merode, Le dernier contact avec cette personne date de la seconde quinzaine de janvier 1997 dans la maison (domicile) de Nathalie en l'absence de ses gardes », et qu’elle a même eu une fille de lui, qui lui a été enlevée immédiatement et vivait désormais aux Etats-Unis, d’après ce qu’Alexandre de Mérode a dit.

Elle leur dit qu’elle a été forcée de rester en contact avec lui et sa bande, qui exerce des pressions sur elle et la menace. Elle précise que ces types connaissent les noms, adresses et véhicules de certaines personnes concernées par l’enquête, comme Marie France Botte.

 

Pourtant, le frère ainé de Nathalie dément quasiment tout ce qui est possible, et dit que pour la plainte contre son  père, c’est parce que Nathalie voulait attirer l’attention. Pareil avec le cadet : Nathalie n’a jamais été enceinte, la vie de famille était normale mais Nathalie a des problèmes de personnalité, il ne croit pas à l’inceste, le prénom de Vincent ne lui dit rien. Pour la mère, pas d’inceste non plus, et Nathalie est une mythomane.

La marraine de Nathalie observe pourtant très tôt qu’il y avait des dysfonctionnements dans la famille, et que Nathalie était beaucoup moins bien traitée que les autres, mais elle dit qu’elle ne pense pas à l’inceste. Cécile Z, la compagne de Nathalie, qui est agent de police à Bruxelles, confirme que Nathalie est bien arrivée de nombreuses fois chez elle avec des traces de coups.

D’après le PV, Cécile Z. « a vu des traces de coups au visage, aux bras et des marques de fer à repasser entre les cuisses, sur les bras et sur les mains », auxquelles Nathalie n’a pas donné d’explication.

Puis, le seul flic en qui Nathalie avait confiance est victime d’une hémorragie cérébrale, et il est remplacé par un enquêteur qui ne croit rien de ce qu’elle dit. On la prend alors clairement pour une folle, y compris auprès de son entourage, et jusque dans les médias. Trois flics portent plainte contre elle pour « calomnie et diffamation », car elle disait qu’ils faisaient tout pour la décrédibiliser. Comme beaucoup de victimes de ces sévices, elle a en effet du mal à parler, sa personnalité est erratique, elle refuse de se souvenir de nombreuses choses.

SOURCE

PDF du rapport

 

La trahison du juge Langlois

Le 13/05/2012

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Article du JDM:

 

"Le juge d'instruction Jacques Langlois a participé directement à la campagne de calomnie et de diffamation qui visait des enquêteurs écartés, à tort, de l'enquête de Neufchâteau sur le témoignage de Régina Louf...... "

 

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Lettre ouverte de Carine Russo (Maman de Melissa) au Juge Langlois